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Bruno Cadudal, directeur général d’Atlantem : « Il faut remplir les carnets de commandes avant les vacances d’été »

La rédaction

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La profession au temps
de la Covid-19

Stores & Fermetures donne la parole aux acteurs de la filière.
L’annonce du confinement, ses effets sur la profession, comment les professionnels se sont organisés au temps de la Covid-19, leur capacité à réagir pour relancer l’activité le plus vite possible sans risque sanitaire, leur esprit d’innovation et de remise en question, les conséquences de la pandémie sur leur activité, leur vision de l’avenir à court et moyen... Ils se livrent.

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Bruno Cadudal, directeur général d’Atlantem : « Il faut remplir les carnets de commandes avant les vacances d’été »

© Charles Marion

Avec quatre semaines seulement d’arrêt de la production, Atlantem se sort plutôt bien de l’épisode Covid-19. Le fabricant breton s’est appuyé à la fois l’esprit collectif des organisations professionnelles, sur la puissance du groupe Hérige et sur la motivation de ses salariés. Pour son directeur général, Bruno Cadudal, la deuxième phase est déjà lancée avec une problématique : faire rentrer au plus vite de nouvelles commandes.

Quels ont été les effets de la pandémie et du confinement sur votre activité ?

Dès la déclaration du Président de la République le 16 mars au soir, nous avons eu une première discussion par WhatsApp avec les membres du comité de direction. Et le 17 mars au matin, vers 8-9 heures nous avons pris la décision de cesser l’activité avec mise en application à midi le jour même, et tout le monde est rentré chez soi, comme si on partait à la guerre ! Tout s’est arrêté soudainement. 80 à 85% des entreprises de la filière ont agi de même. On a laissé passer les deux-trois jours jusqu’à la fin de la semaine et dès le lundi suivant on a commencé à réfléchir à comment pourrait s’organiser la reprise. On a vu que la filière bâtiment a d’abord été stigmatisée, ce qui a pas mal poussé les entreprises de négoce à rouvrir. Dans le groupe Hérige (NDLR : dont Atlantem fait partie), les entreprises de négoce on rouvert dès la fin du mois de mars. Chez les industriels, ça a été un peu plus long, car certains sites ont une densité de personnel important.

Quelles mesures ont été prises dans l’organisation de votre entreprise pour vous adapter à la situation ?

On a dû attendre les préconisations du Guide de L’OPPBTP pour le protocole à mettre en place sur les chantiers. Pour l’organisation de la production, nous nous sommes plus appuyés sur le protocole de l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie). Lorsque la deuxième quinzaine de confinement a été annoncée, la profession s’est mise en ordre de bataille. Ça a été la course pour s’approvisionner en masques, en gels, en gants... bref tout le matériel de protection. Il y a eu plusieurs groupements d’entreprises pour faire venir les équipements depuis la Chine. En attendant, nous avons reçu des masques en tissus par le groupe Hérige, qui nous ont permis de redémarrer le 14 avril. Sur notre outil de production, 90 à 95% des gens ne travaillent pas à moins de 1 m-1,50 m les uns des autres. Dans nos usines, neuves et modernes, il n’y a pas de problème de distanciation. Et de moins en moins de port de charge manuel, donc finalement peu de problème de proximité physique.

Entre temps, le personnel de production dans sa quasi-totalité a été placé en activité partielle. Les postes hors-production – administratifs, services RH et paie, la comptabilité-facturation, les personnes du service informatique... – ont été mis en télétravail.

D’une manière plus générale, la filière a été plutôt réactive ?

Effectivement, les premiers à redémarrer l’on fait partiellement tout de suite après le week-end de Pâques. Pour notre part, c’était le 14 avril. Par rapport à d’autres secteurs qui n’ont toujours pas redémarré à mi-mai, c’était plutôt positif. On a été très réactifs et surtout très collectifs grâce à l’action des organisations du pôle fenêtre de la FFB, qui ont été les catalyseurs de ce redémarrage. C’était aussi un signe important pour nos partenaires verriers, quincaillers, gammistes de savoir que l’activité redémarrait. C’était aussi des signes pour nos clients. On a eu l’impression de les réveiller ou de leur redonner un coup de fouet quand nous leur avons dit “ça y est, on redémarre !”.

En fonction des typologies de clients et de débouchés, on voit que cela a été plutôt réactif chez les constructeurs de maisons individuelles, et chez les plus petits artisans qui travaillaient sur le neuf, qui pour certains n’avaient jamais arrêté. Ça a été plus problématique sur les chantiers en rénovation occupée – avec les bailleurs sociaux, mais aussi certains artisans, qui craignant que les habitants ne veuillent pas les recevoir, n’osaient même pas les appeler – et, surtout, sur les grands chantiers qui ont été très lents à redémarrer.

Comment le personnel a-t-il réagi/participé a ce(s) dispositif(s) de crise ?

Le 17 au matin, tous les salariés n’attendaient qu’une chose : que la direction leur dise de rentrer chez eux. Ensuite, ils ont bien compris qu’une reprise rapide était la meilleure chose, et que plus on tardait plus ce serait compliqué.

Les protocoles de reprises dans le cadre des règles sanitaires ont été préparés en interne, puis validés par les CSE, et enfin mis en place et la première semaine. On a ainsi démarré.

On a souhaité démarrer une équipe sur la base du volontariat et on avait plus de volontaires que de capacité à fournir du travail ! 30 à 40 % de nos effectifs de production sont venus en première semaine. La deuxième semaine, on a fait travailler la deuxième équipe sur des horaires aménagés sur 6 heures, puis la troisième semaine, le deux équipes sont venues en deux fois six heures. La quatrième semaine, la situation était presque revenue à 100 %, mis à part l’absentéisme pour garde d’enfant ou maladie chronique.

La production est repartie, mais qu’en est-il des commandes ?

C’est notre préoccupation désormais. Produire c’est bien, encore faut-il que cela corresponde à une entrée de commandes. Les premières semaines, comme tous nos confrères, on avait un carnet de commandes à honorer donc on a “mangé” notre carnet de commandes. Globalement, on avait cinq semaines de carnet de commandes à 100%. Comme on n’a pas tourné du tout pendant quatre semaines, puis en comptant la phase de redémarrage, et les commandes qui sont tout de même tombées, on va dire qu’on a du travail normalement jusqu’à l’été. Mais il va falloir que le commerce se remette en marche, que les artisans aillent de nouveau faire des métrés, des devis, signent des bons de commande. Cette phase là risque d’être un tout petit peu plus lente...

Ne craignez-vous pas des difficultés dues à la perte de pouvoir d’achat chez certains particuliers, une prudence qui incite d’autres à épargner plutôt qu’à lancer des travaux ?

Il y a toujours, dans ce genre de situation, ceux qui avaient des projets de travaux et qui y vont, environ 10-15% ; ensuite, il y a la grosse masse de consommateurs, qui a besoin d’être entraînée, rassurée ; et la dernière partie, autour de 20 %, qui dit « moi, tant que je ne serais pas sûr, je ne fais rien ! ». Convaincre ces deux derniers groupes demande beaucoup d’énergie et de temps. C’est ce à quoi on fait face et notre rôle c’est aussi d’être catalyseur pour entraîner le redémarrage chez nos installateurs pour qu’ils aillent faire de la pose et qu’ils relancent leurs activités commerciales. C’est la deuxième phase, celle de la relance, qui a commencé.

On sait qu’on est sur une courbe qui va s’améliorer progressivement, mais c’est encore calme. Globalement, on n’est à 50-60% du carnet de commandes. Il va falloir passer à une étape supérieure derrière, sinon on va avoir redémarré plutôt assez fort et ça risque de ralentir derrière. Notre vision s’affine mais on n’a pas de boule de cristal !

Ne pensez-vous pas que le confinement aura eu, paradoxalement, des effets bénéfiques chez des particuliers qui en restant chez eux auront eu envie d’embellir leur intérieur et leur extérieur, alors qu’ils ne l’avaient pas forcément programmé ?

J’en suis persuadé. Cela fera partie des réflexions et il y aura ce type de projets. Clairement, on aimerait que cela se matérialise de la part du consommateur par des prises de contacts avec les artisans dès début juin plutôt qu’attendre septembre. Ce qui voudrait dire pour nous livrer mi-novembre ! C’est ce trou d’air qu’il faut éviter : remplir rapidement les carnets pour avoir de l’activité en juillet et septembre-octobre. Honnêtement, ce sont des hypothèses à court terme. Laissons passer les premières semaines de déconfinement, de reprise dans les écoles. Il faut être vigilants et regarder comment on peut aider nos clients installateurs.

En tant que chef d’entreprise, qu’avez-vous appris au cours de cette période – d’arrêt d’activité, de reprise, de remontée en puissance – sur votre process de fabrication et de fonctionnement, mais aussi sur les hommes et les femmes qui travaillent avec vous ?

Globalement, il y a une grande envie des équipes de relever le défi, de se retrousser les manches et de tout faire pour revenir à une normalité, même si tout ne sera plus tout à fait comme avant.

Du côté des modes de travail, le télétravail, moins de déplacements, la visio-conférence ont atteint un pic. Demain, on va rebouger, mais peut-être qu’on “revisitera” certains déplacements, certaines formes de réunions.

Certains changements effectués pendant la période de confinement vont-ils perdurer, parce que vous vous êtes aperçus qu’ils étaient bénéfiques pour l’entreprise ?

Il y a de nouvelles habitudes qui vont rester, les gens sont ouverts. Ça veut dire aussi tester et adapter les systèmes informatiques et les serveurs. Les choses vont se clarifier. Les relations aux autres vont être différentes, ne plus se faire la bise, mettre un masque pour un simple rhume comme le font les Asiatiques. On va devoir pérenniser des règles que l’on n’avait pas et qui ont été établies dans l’urgence. C’est également vrai pour le télétravail qui va devoir être encadré, au niveau des droits et des devoirs du salarié comme de l’employeur. Une entreprise, c’est aussi une communauté. Il ne faut pas que le salarié soit coupé du cœur de l’entreprise.

 

Propos recueillis par Véronique Cottier – mai 2020

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